Vie de Maman: Pourquoi je ne parle pas Créole à mes enfants?

Dans un précédent post, je vous relatais comment j’apprenais l’anglais à mes enfants au quotidien. Bien que l’anglais ne soit pas ma langue native, je lui porte une vraie affection car je l’ai bien intégrée dans ma vie de tous les jours, depuis mes années de vie à l’étranger.

Je suis Martiniquaise, très fortement attachée à ma culture, fervente défenderesse de l’identité Martiniquaise,  et revendiquant la Martinique comme étant un pays, n’en déplaise à certains…

Cependant, là où le bât blesse, c’est que j’ai pour objectif que mes enfants soient on ne peut plus proche du bilinguisme français/anglais, MAIS QU’EN EST-IL DU CRÉOLE? Mon identité la plus profonde. Car au delà d’un simple patois comme nos îles soeurs anglophones, notre créole est fondamentalement encré et là où certains le trouveront vulgaire ou GWOSSOMODO, il est la plus belles de nos richesses culturelles.

Pour être totalement franche avec vous, je ne parle pas créole à mes enfants. Ou alors très rarement… (oui vous pouvez bloquer le pays et vous rendre à la maison des syndicats parce j’avoue que ça craint, c’est même un sacré DISWISSPEK). Ce qui m’est totalement insupportable c’est que je leur parle créole très souvent quand ils me rendent dingue. Genre, quand ils décident si innocemment de vider tous les pots de pâte à modeler sur le lit, alors que je leur ai répété 667899544 fois que la pâte à modeler C’EST SUR LA TABLE!!!!! Au final je me retrouve très souvent avec des discours qui ressemblent à ça:

“Mwen pa di’w pa fè sa enlè li’a?????????” “

“Koumanniè ou lé man baw an tap?”

“Ou biswen vréyé mwen la MFME o swè’a? DESSEN’ MWEN DI’W”

Ou encore quand le refus d’obtempérer s’avère trop insolent (genre je te répète 78 fois la phrase en français mais tu ne l’a comprends toujours pas d’après toi) ça finit souvent en:

 “VINI ISI A TI MANMAY'”

“DEPECHÉ KOW MWEN DI’W

(La honte s’empare de moi… pardon chers amis, mais je suis assez DJOK pour assumer votre jugement.)

La question que je me suis posée à maintes reprises c’est pourquoi? Pourquoi toujours apparenter le créole au négatif? Pourquoi ne pas avoir des conversations posées en douceur, comme après l’école quand il est temps de me raconter sa journée, le tout en créole? Qu’est ce qui me pousse à exprimer uniquement mon mécontentement dans cette si belle langue?

J’ai quelques éléments de réponses…

  1. Il y a 20 ans je ne parlais pas un mot de créole:  Oui oui : pas un mot, ou peut-être 3/4 vite fait.  J’ai vraiment intégrer le créole comme part de mon identité langagière  lors de mes années d’études à Paris et Grenoble. Tout le monde avait besoin d’affirmer son appartenance et c’était pour moi le moyen de faire tout de suite comprendre aux gens d’où je venais. Comme un symbole d’appartenance. Au delà de ça je parlais très furtivement créole pendant mes années lycées mais très rarement je pouvais tenir toute une conversation .
  2. Mon éducation francisée: Mes parents ne me parlaient pas Créole. En tout cas nous n’avions pas d’échanges, c’était souvent des injonctions ( comme précédemment citées, j’ai de qui tenir hein?). Si bien qu’étant petite j’avais toujours l’impression que l’on me criait dessus dès lors que l’on s’adressait à moi en Créole.
  3. Un schéma familial particulier: Je suis fille unique. Ayant un demi-frère que je ne voyais pas souvent, et plus agé que moi, je n’ai pas vécu comme beaucoup d’entre nous, les vacances avec les cousins chez mamie, les ambiances de famille tous les week-end… Chaque année durant les grandes vacances je me retrouvais soit en Bretagne ou dans une autre région. Mes cousins ont pour la plupart vécu avec leur parents et nos grand-parents purement Créolophones. Je n’avais pas très souvent l’occasion de me retrouver très longtemps avec eux et pour la plupart ils étaient beaucoup plus âgés. Mon isolement était particulier. Je vivais dans un quartier où nous nous parlions plus souvent en Français qu’en Créole.
  4. La honte: Je n’ai pas pratiqué le Créole conversationnel durant ma vie lol. Du coup je fais beaucoup de fautes (je pense tant à l’oral qu’à l’écrit) et c’est pour moi difficile de me sentir totalement à l’aise. J’ai souvent été moquée, par mes propres parents des fois (les pauvres si ils savaient le choc traumatique…). Cependant mes années d’expatriation m’ont permis de relativiser et aujourd’hui je parle beaucoup plus aisément. Si je me rend à Sainte Lucie, là où ils parlent Créole et anglais, je parlerais cependant plus facilement anglais. Je pense qu’il s’agit d’une différence d’immersion.
  5. Le Créole associé à la violence ou à la colère: J’ai souvent été face à des cas où les gens parlaient créole dans situations plus ou moins violentes ou ne l’utilisaient que pour signifier leur mécontentement.
    C’est cette image qui est restée gravée. Durant l’adolescence, les chamailleries se faisaient souvent en créole. Je suis plutôt de ceux qui évitent les conflits.
    La beauté de cette langue ne s’est ouverte à moi que quand j’ai entièrement pris conscience de mon identité.

En somme toute, c’est en grande partie le manque d’immersion, de conversation et de repères qui m’ont amenés à cette conclusion. Néanmoins, je m’applique à ne pas seulement parler Créole sous l’énervement, et je peux aussi compter sur mon mari TRÈS GRAND CRÉOLOPHONE DEVANT L’ÉTERNEL pour leur parler notre langue.

Et vous? Parlez vous créole à vos enfants? Je vous conseille ce super dictionnaire Créole, qui enrichira votre vocabulaire et celui de vos petits: Le dictionnaire créole de POTOMITAN

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